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De moins en moins de neige

Les épisodes de précipitations ont changé dans le monde et au Luxembourg avec le changement climatique. Dans le cas de fortes neiges, le sel reste la solution de facilité pour faire fondre la neige sur la voirie. Zoom sur les réels changements climatiques et l’utilisation du sel, néfaste pour l’environnement.

 

Les effets désastreux du sel de déneigement ont déjà été prouvés. Mais sa facilité d’utilisation et son faible coût le placent toujours sur le haut du podium pour sécuriser les routes en cas d’épisode neigeux. Une neige qui se fait d’ailleurs de plus en plus rare au Luxembourg.

 

L’augmentation de la température

 

Andrew Ferrone est chef du service météorologique du ministère de l’Agriculture, de la Viticulture et du Développement rural et représentant scientifique du Luxembourg auprès du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) des Nations unies. À ce titre, il a participé à l’élaboration du sixième rapport d’évaluation du GIEC, qui a été publié en 2021 et 2022. Le météorologue parle d’une augmentation de la température de 1,6°C entre les périodes 1861-1890 et 1991-2020.

 

« Nous constatons effectivement que le changement climatique peut être considéré d’un point de vue de la température », explique-t-il. Les 10 années les plus chaudes ont toutes été mesurées durant la période 2002-2020. Chacune des trois dernières décennies a été successivement plus chaudes que chacune des décennies précédentes depuis 1840.

 

Les précipitations augmentent en hiver

 

Mais il y a également des conséquences sur les épisodes de précipitations. Andrew Ferrone explique dans un premier temps qu’il n’y a pas d’augmentation globale. « Nous avons des données qui remontent à 1854, sur les sommes annuelles, c’est-à-dire la pluie et la neige inclus, nous voyons qu’il n’y a pas de changement à long terme ». Mais il signale tout de même des changements en fonction des saisons : « En hiver, il y a vingt litres par mètre carré en plus en précipitation, ce qui est statistiquement significatif ». Il souligne également que les épisodes de précipitations fortes, c’est-a-dire plus de dix litres par journée sont en train d’augmenter sur les soixante dernières années. Il y a donc deux tendances selon Andrew Ferrone, « les précipitations générales augmentent en hiver, ainsi que les précipitations fortes ».

 

La neige est de plus en plus rare

 

Les épisodes neigeux se maintiennent généralement aux mêmes périodes : janvier et février. « Mais une couverture neigeuse n’est pas exclue jusqu’en avril, comme nous l’avons vu cette année-ci d’ailleurs », précise le chef du service météorologique.

 

Malgré le fait que les précipitations augmentent au Luxembourg en hiver, les épisodes de neige sont de plus en plus rares. Une conséquence assez logique, puisque la température augmente. « Nous avons effectivement le nombre de journées neigeuses le plus bas sur les soixante dernières années », confirme Andrew Ferrone.

 

Le sel de déneigement : quels problèmes ?

 

Andrew Ferrone explique que, de façon générale, “le sel est mis sur les routes et sur les trottoirs, donc lorsque la neige fond ou s’il y a des précipitations par la suite, la plupart du sel part dans les égouts et là il peut y avoir un impact sur l’eau si il n’est pas repris par les centrales de dépollution”.

 

Parallèlement à l’eau, le sel peut également brûler la flore aux abords des routes, mais aussi s’imprégner dans les sols ou dans les cours d’eau.

 

D’après une réponse récente du Ministre de la Mobilité et des Travaux Publics à une question parlementaire, au cours des trois dernières années, 63 560 tonnes de sel de voirie ont été épandues sur les 2.914 kilomètres de routes nationales.

 

Pour réduire cette utilisation, les quantités sont adaptées de nuit en nuit. Sur les autoroutes, le « wet spray » est également utilisé.

 

Mais l’impact du sel sur les écosystèmes reste présent.

 

 

Concrètement, quelles solutions sont possibles pour remplacer le sel de déneigement ?

 

La meilleure manière de réduire l’impact du sel de déneigement est encore de ne pas en utiliser. Mais si le sel connaît encore ses années de gloire, c’est notamment parce qu’il est extrêmement efficace, et fortement abordable. Il existe pourtant des solutions alternatives ou des manières de l’utiliser avec parcimonie.

 

Un déneigement rapide évite que la glace puisse se former, et peut permettre d’utiliser le sodium en plus petite quantité. La cendre ou les copeaux de bois fonctionnent également, mais il faut noter que si vous l’utilisez chez vous, un balayage est obligatoire par la suite pour pouvoir évacuer la matière. Si ces solutions s’adaptent aux particuliers, il existe également d’autres idées pour une plus grande échelle.

 

Certains pays ont d’ailleurs déjà mis en place de nouvelles pratiques, d’après le rapport de la World Road Association, de 2019. La Norvège a par exemple misé sur l’étude des techniques d’épandage du sel, qui « fait partie de l’optimisation de l’utilisation du sel, c’est-à-dire utiliser le moins de sel possible tout en garantissant des conditions de conduite sûres ». Il est tout de même précisé que les solutions comme « le chauffage routier, les dispositifs de pulvérisation automatique et les chaussées antigivrantes ne sont utilisés que dans des cas spéciaux et critiques comme les ponts, les rampes, les débouchés de tunnels, les pentes raides critiques ou les zones de chaînage ». Les produits de déneigement respectueux pour la planète existent également, mais leurs prix restent élevés.

 

L’utilisation du sel de déneigement reste donc un problème majeur, dans le monde et au Luxembourg. Des tests de nouvelles méthodes continuent, mais les habitudes sont ancrées.